LOI DE SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L'ÉTAT...


La
loi de séparation des Églises et de l'État a été adoptée le 9 décembre 1905 et est entrée en vigueur le 1er janvier 1906.

Elle est souvent associée à l'année 1906 en raison de sa mise en application concrète sur le terrain, marquée notamment par la crise des inventaires (le recensement des biens mobiliers des édifices religieux au début de 1906).

L'État ordonne un inventaire des biens mobiliers dans chaque église pour préparer leur transfert. Cette mesure provoque de vives tensions et des résistances de la part des catholiques, soutenus par le pape Pie X (qui condamne la loi dans son encyclique Vehementer Nos en février 1906).

Face aux troubles, le gouvernement (sous l'impulsion d'Aristide Briand) assouplit l'application et renonce aux inventaires musclés, ouvrant une période d'ajustement qui aboutira à un compromis durable.

OBSERVATIONS D'ORDRE GÉNÉRAL EN L'ÉGLISE DE LA FRETTE...

Les premières opérations d'inventaire, fixées à la date du trois mars, n'ayant pu s'effectuer à lamiable, par suite de manifestations, ainsi que nous l'avons relaté dans notre procès-verbal de non-exécution du même jour. Conformément à l'arrêté de Monsieur le Préfet fixant une nouvelle date pour la mise à exécution des dites opérations d'inventaire.

Nous nous sommes rendus à La Frette le dix-sept mars à cinq heures et demie du matin, accompagné de Monsieur Ferrer, commissaire adjoint à Grenoble, qui avait amené avec lui un serrurier de Grenoble. Nous avions été précédés a La Frette par cent cinquante hommes du 140e de ligne et plusieurs brigades de gendarmerie. La troupe avait entouré l'église et avec l'aide des gendarmes, elle en empêchait les abords. Les cloches sonnaient le tocsin.

Nous nous sommes avancés vers le presbytère, où Monsieur le Commissaire a trouvé le desservant. Après lui avoir fait les notifications réglementaires, Monsieur le Commissaire la invité à faire ouvrir l'entrée dans l'église, toutes démarches étant restées infructueuses; en présence du desservant, Monsieur le Commissaire a fait à une des portes latérales les trois sommations légales, et n'ayant obtenu aucune réponse, il a ordonné au serrurier de crocheter la serrure.


Ne pouvant ouvrir, la porte étant barricadée derrière avec des bancs et du bois, force fut de l'enfoncer.

Environ cent manifestants, hommes et femmes, étaient dans l'église, où ils avaient dû s'installer avant l'arrivée des militaires et des gendarmes. La porte principale, comme une autre porte latérale avaient été barricadées. Le barrage ayant été défait, nous avons pénétré dans l'église, accompagné de Monsieur le Commissaire, de quelques gendarmes et du desservant.

Nous avons procédé à l'inventaire sans incident, suivi par le desservant qui a refusé tout renseignement ainsi que la production des registres de comptabilité.

Les manifestants chantant des cantiques.

En conséquence, nous avons clos le présent inventaire contenant trois rôles [ = trois pages] renvoi et trente cinq mots rayés, le dix-sept mars mil neuf cent six à sept heures 1/2 du matin et après lecture faite, nous l'avons signé seuls avec MM. 

les comparants ayant refusé de le revêtir de leur signature.

 

ci-dessous, photo de la porte de l'église fracturée (côté chapelle)

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